Dans la tête de la réflexiothécaire / phase 2

Je vais faire comme pour la première chronique "Dans la tête de la reflèxiothécaire" et écrire sans préparation, à l'instinct, en tentant de livrer au mieux le contenu de mon cerveau.

Les jours passent et il y a enfin eu un peu de soleil. Au fur et à mesure que le ciel s'est dégagé, mes idées se sont éclaircies. En fait, j'ai énormément marché, seule et parfois accompagnée. Et la marche, ça a quelque chose de similaire à une grande douche mentale. Un pas devant l'autre et les pensées défilent au même rythme que les mètres effectués. C'est incroyable le bien que me procure le fait de marcher. J'ai du mal à faire demi-tour sur le chemin, mais je dois jauger ma réserve d'énergie pour la deuxième moitié.  Pas évident pour mes jambes avec lesquelles je ne suis pas totalement connectée à  maintenant 40 ans, j'ai cette impression persistante que mon corps  n'est que le véhicule de mon cerveau. Pour la connexion "corps-esprit" on repassera.

 

Cela m'apparait de plus en plus clair, la réflexiothèque ne sera jamais ce que j'ai cru qu'elle serait. Pourquoi ?

Parce que ce que j'ai imaginé il y a quelques mois, semaines, ne me convient pas. Je ne sais pas si vous êtes déjà tombé sur un blog où la personne tâtonne, mais je vous souhaite la bienvenue dans mon monde ! Ici, on taille la route à coup de serpe et parfois, on fait marche arrière devant un noeud de lianes entremêlées ou parce qu'un autre chemin paraît plus attrayant. C'est pas par manque de courage, c'est mon principe de réalité. Et c'est manifestement ce qu'il va se passer ici, peut-être au moins pour un temps. Pourquoi ?

Parce que je n'ai pas envie d'écrire sur ce que je m'imposais. Je n'y arrive juste pas.

La vérité c'est que depuis l'ouverture du blog, sauf pour bosser sur la mise en page et la présentation, je n'ai aucunement envie de produire quoi que ce soit. Et j'ai bien identifié la raison, en fait, les raisons. Allons-y :

1- Je n'ai pas l'âme d'une "webmarketeuse"

Je me faisais cette idée; oui, à un moment j'y ai cru, je ne sais pas pourquoi. J'ai regardé une quantité de vidéos et lu des livres ou articles de blog sur le sujet. Et ce qui en ressort ? Ben c'est pas moi du tout !

Me prendre la tête pour créer une communauté ? J'en serais bien incapable dans la réalité. J'ai toujours bien aimé la marge en fait, être le satellite et changer de trajectoire pour rejouer un autre satellite ailleurs, quand ça me prenait. J'ai toujours aimé les gens. Comme je suis sociable, à chaque époque de ma vie j'ai eu des bandes de potes séparées, des gens que je ne mélangeais pas entre eux, que je voyais à des moments différents. J'ai bien entendu présenter certains de ces amis à d'autres amis, mais j'ai toujours aimé être un peu partout à la fois. Du coup, je n'ai jamais été dans un univers particulier. J'ai trainé avec des copines très "fifilles" ado, d'autres plutôt originales. Je voyais des raveurs, des anarchistes, des circassiens, des musiciens professionnels aussi, des sportifs, des locaux, des expats, des étrangers un peu, des atypiques et puis j'ai eu mes petits préférés, ceux pour lesquels j'ai fait des efforts. Pour les garder, pour être là quand il fallait, pour être une amie sur qui compter.

Aujourd'hui réunir mes 3 ou 4 potes d'antan, ok, mais franchement, j'en ai vraiment rien à faire d'être "suivie" par 10.000 inconnus. Surtout lorsque 98% d'entre eux ne feront que passer sur un article pour le lire en travers ou prendre ce qu'il y a à gratter sans jamais daigner dire un "bonjour". 

Sur mon ancien blog, j'ai reçu jusqu'à 17000 visiteurs dans la même journée parce que j'étais partagée sur un gros groupe ou une page Facebook. Le lendemain, ça repassait sous la barre des 500 badauds. La fidélisation ? Que tchi ! J'avais même pas une newsletter, franchement ça me passait au dessus. J'avais autre chose à penser ! J'ai fini par en créer une, c'était pénible, je n'y pensais pas toujours, ça finissait par présenter les quelques derniers billets, ça n'avait ni queue ni tête.

Faut dire que le sujet du monde militaire, ça reste assez confidentiel  et en plus je finissais par m'y sentir à l'étroit. Et puis trouver des conjointes friandes de données autres que "Comment je demande des CESU?" fallait vraiment compter sur un heureux hasard ! Ne vous méprenez pas, je n'ai pas de mépris pour les autres femmes, simplement, il faut être rationnel, dans  la vie tout le monde ne s'interesse pas à son activité mentale, tous les parents ne lisent pas des choses sur la "parentalité" et j'assume complètement le fait de ne pas être très "typique" dans le paysage. J'ai d'ailleurs, je pense, réussi à croiser quelques folles comme moi, qui lisent ou s'intéressent à notre mode de vie au delà des aides sociales ou des partages de citations.

 

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2 - Je ne suis pas une commerciale

Je n'ai ja-mais su vendre ce que je faisais ! Je n'ai ja-mais été à l'aise avec l'idée de vendre et même le fait de reconnaitre une valeur à tout ce qui est sorti de mes doigts. Je suis le type de nana qui est surprise quand on lui fait un compliment. J'ai été une décoratrice d'objets (rien qu'à l'écrire, j'ai l'impression d'être mythomane, mais c'est pourtant vrai :  y'a des fous, qui ont payé en argent véritable, des trucs que j'ai peints pour genre, les mettre dans leur salon ou la chambre de leur bébé ! ...). J'ai été étonnée que des chineurs s'arrêtent devant mon stand lors de la braderie que mon ex m'avait encouragé à faire. J'ai été gênée qu'on me demande mon numéro et qu'on me passe commande. J'ai été de celles qui se disent "Mais il est fada, il ne se rend pas compte que c'est super facile ce que je fais?".

Je suis la maman bricoleuse qui passe des heures à fabriquer des objets ou jeux pour son petit et fini par les brader sur le Bon coin à petits prix en riant un peu jaune de recevoir plusieurs messages dans la journée qui suit la publication de son annonce. Pourquoi autant d'acheteurs ? mince, ça serait donc sympa ? ça serait donc vendable ? ça serait donc pas assez cher aussi non ? Je rappelle toujours bien que c'est du "Fait maison", et non du  "fait main" parce que je trouve l'expression très prétentieuse.

Je suis la nana capable de parler devant 50 personnes et qui avait envie de se cacher quand on l'a applaudi. Je ne sais pas recevoir des félicitations. En vérité, je souffre d'un énorme syndrome de l'imposteur. Je n'ai pas le bagout de la commerciale, de la vendeuse, de la nana qui croit en son produit ou essaye de faire croire que c'est le cas. Moi j'ai l'impression que je suis juste quelqu'un qui "fait". Un humain qui essaye et fait des trucs.

3- Je ne suis personne pour donner des conseils

J'aurais trop l'impression d'être un parfait exemple des malades-experts dont je parle dans le billet "les experts du quotidien", donner des conseils à des gens qui n'ont rien demandé. J'ai pourtant bien une formation dans le conseil. Mais même ! Dans le milieu, on appelle ça l'accompagnement, 98% des professionnels qui ont bien appris leur leçon vous diront qu'ils "suivent" leur public sans le diriger. Il suffit de se rendre à un rdv dans n'importe quel centre de formation/insertion pour s'apercevoir que ces gens vous collent dans des cases et ont des projets pour vous, même si vous n'en aviez pas du tout à la base. Le but peut être juste de vous faire remplir un certain nombre de cases dans votre calendrier pour aller jusqu'à un bilan qui permettra la facturation. Les conseils c'est bien, mais rien ne vaudra jamais votre motivation à bouger. Si un jour je partage ici un truc comme des leçons que j'ai apprises, ce sera en mode "bonne franquette" et à prendre ou à laisser.

4- Je procrastine

Lorsqu'on procrastine, y'a une question à se poser. Pourquoi ? encore. Dans le cadre de ce blog, je procrastine car me mettre à produire du "contenu web pour le vendre" n'est pas le sens que je veux donner à ma vie. Et donc, ça ne me motive pas. Du coup, je trouve toujours mieux à faire, un autre livre, une dernière promenade ... ouah ! Je suis même allée faire un peu plus les magasins que d'habitude. Y'a vraiment un truc qui ne va pas. Ça n'a juste pas de sens donc je n'ai pas envie de travailler dessus.

J'ai une idée d'appli, j'ai deux livres à chroniquer, j'ai un article presque prêt, je pourrais très bien balancer l'intégralité de mon projet sur la gestion de l'absence en podcast, ou en "ebook" bon marché, mais pour l'instant, je n'y arrive pas. Ça ne me motive pas. Et en plus, il faudrait que j'y investisse de l'argent ? Nan mais ça va oui ? Même le plus sot des métiers (et on sait qu'il n'y en a pas) est payé, même mal. Et moi je devrais "investir" ? Sur moi ? Faire des frais pour espérer rentrer un jour dedans ? Je rêve ? J'en ai assez perdu. J'ai reçu un don de deux personnes, j'en étais gênée et incroyablement bouleversée. Mais je ne suis pas la Croix Rouge, je ne suis pas ma propre asso caritative,  je vais me faire pitié à moi-même.  

Autant de travail pour une poignée de personnes qui trouveront mon site et seront capables d'apprécier ce qu'il contient. Vous allez me trouver paradoxale, je sais, parce que pour le coup, je suis convaincue de la valeur de mon projet, mais j'ai pas envie de me faire pomper mes références ou voler mes heures de boulot par une pistonnée de l'Anfem qui aurait décidé de se lancer sur le marché avec les dents qui rayent le parquet. On verra bien d'ici quelques temps, on en reparlera, mon idée était bonne et l'armée la recyclera.

5- J'ai pas l'esprit gourou

Ouais parce qu'on dirait que c'est la mutation de tout bon blogueur qui se respecte : à un moment, il a du succès et il se sent obligé de révéler à la terre entière comme il a fait et il se transforme en donneur de leçons. Le problème c'est que bien souvent, ses révélations c'est du toc, rien qui ne m'apprenne autre chose que ce que je sais déjà. Alors j'ai peut-être vraiment pas eu la chance de tomber sur un blog sérieux mais honnêtement, à chaque fois que je me suis penchée un peu sur un auteur, il y a toujours eu un moment où il a commencé à dire une grosse connerie. Pardonnez mon langage, mais il faut appeler un chat un chat. Quand ça part en mode "newage" et que les références citées sont du bullshit en barre, je prends mes jambes à mon cou.

Je n'en peux plus des astuces de développement personnel débiles, des lois de l'attraction et du reste. Si des folles dingues prennent leur pied à se coller un oeuf en jade dans le vagin, c'est cool, mais quand je vois que ça inonde les chaumières et qu'un tas de nanas les collectionne et pense découvrir le Saint Graal, j'ai peur... je pleure du sang à l'intérieur et je me sens extrêmement seule. Quand je vois ce genre de "communautés" qui se créent, je me dis que je ne pourrais jamais en faire autant, parce que je n'aurais jamais ce côté gourou, ce séduisant attrait qu'ont les arnaqueurs, les beaux parleurs et les vendeurs de rêve. Je ne saurais pas vendre les choses comme je les vois parce que c'est pas assez glamour. Attention, ça ne me chagrine pas du tout, j'ai passé l'âge de la quête de validation, non en fait ça m'inquiète. Je me demande si mon fils grandira entouré  de débiles qui lisent l'avenir dans le marc de café et s'en remette à Nabilla pour savoir comment gérer leur vie amoureuse.

6 - J'ai pas le bon dîplome / pas le bon métier, je n'ai pas la légitimité

Tout le monde le sait ça, dans notre pays, il faut avoir la bonne formation pour occuper le poste. Autant je trouve ça pertinent dans certains métiers, autant dans d'autres, ça me parait un peu surfait. Si je me lançais dans le conseil en parentalité (Y'en a qui le font! Pourtant, avoir "une famille, c'est pas inouï !", et y'en a qui comprendront la référence), en tant que maman d'enfant unique, je serais la risée des mères à fratrie, je serais questionnée par les spécialistes de la petite enfance, les éducateurs. Si je devenais un genre de coach en je-sais-pas-quoi, je me prendrais la tête avec les psy, qui sont, pour certains, un peu les rois du pré-carré soit dit en passant. Je ne sais pas le pourcentage de personnes qui s'orientent dans le métier en apportant du crédit à la psychanalyse, pire, s'y attachent pour poser leur diagnostic, ou aider des juges à trancher dans des affaires et ils viendraient me questionner ? La bonne blague.

Je suis passionnée par la science mais je suis au niveau zéro de la formation scientifique. Je me documente complètement en freelance, je trouve des parades pour avoir accès à des études en ligne, je participe régulièrement à des recherches pour des étudiants afin de participer à la démarche. Mais si demain j'avais la prétention de parler vulgarisation, la police des purs et durs viendraient me reprocher de jouer dans la cour des grands. Parce que c'est aussi un domaine où l'on popote en famille.

Voilà, comme ça c'est dit !

Prenez soin de votre ficus, si vous en avez un !

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